Beaucoup d’épargnants pensent qu’une assurance vie après 70 ans ne sert plus à transmettre. C’est faux, mais la règle fiscale change bel et bien à cet âge.
Les primes versées avant votre 70e anniversaire et celles versées après ne suivent pas le même régime au décès.
Après 70 ans, seules les primes entrent dans le calcul des droits de succession, après un abattement global de 30 500 €. Les gains produits par ces primes restent en dehors de la base taxable.
Voici ce que cela change concrètement pour vos héritiers, avec trois cas chiffrés et un simulateur.
Ce que change le 70e anniversaire pour votre contrat

Ce n’est pas votre âge au décès qui compte, mais votre âge au moment de chaque versement.
Une prime versée à 65 ans garde son régime, même si le décès survient à 92 ans.
Un même contrat peut donc contenir deux régimes à la fois, selon la date de chaque prime.
Sur le plan civil, l’assurance vie échappe à la succession, mais pas à la fiscalité.
| Critère | Primes versées avant 70 ans | Primes versées après 70 ans |
|---|---|---|
| Article du CGI | 990 I | 757 B |
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € au total, tous contrats et tous bénéficiaires confondus |
| Taxation au-delà | 20 % jusqu’à 700 000 € taxables, puis 31,25 % | Droits de succession selon le lien de parenté |
| Gains du contrat | Compris dans la somme transmise | Hors de la base taxable |
Ces règles reprennent le texte de l’article 757 B du Code général des impôts (version en vigueur depuis le 11 mars 2023, consultée en novembre 2026) et la fiche publiée sur impots.gouv.fr. Les taux de la colonne de gauche viennent d’un article de MoneyVox publié le 24 août 2025.
Après 70 ans, l’assurance vie ne sort plus du champ des droits de succession : elle y entre pour la part des primes qui dépasse 30 500 €.
L’abattement de 30 500 € : global, partagé et limité aux primes

L’article 757 B prévoit un abattement de 30 500 € pour l’ensemble des contrats souscrits sur la tête d’un même assuré.
Global veut dire qu’il ne se multiplie ni par contrat ni par bénéficiaire : les héritiers se le partagent au prorata de leur part dans les primes imposables.
Seule la fraction des primes versées après 70 ans est retenue. Les intérêts et plus-values que ces primes ont produits ne sont pas ajoutés à la base taxable.
C’est la vraie particularité de ce régime. Si 100 000 € versés à 72 ans valent 130 000 € au décès, le calcul part de 100 000 € moins 30 500 €, pas de 130 000 €.
Cet abattement s’ajoute à ceux que chaque héritier a déjà selon son lien avec vous : 100 000 € pour un enfant, 15 932 € pour un frère ou une sœur, 7 967 € pour un neveu ou une nièce, 1 594 € dans les autres cas (service-public.gouv.fr, page vérifiée le 19 août 2026).
Notez la date et le montant de chaque versement effectué depuis vos 70 ans : c’est la somme que vos héritiers devront déclarer.
Combien paieront vos héritiers ? Trois cas chiffrés

Les trois cas ci-dessous sont des exemples types construits pour illustrer le calcul, pas des situations réelles.
Ils supposent que l’abattement personnel de chaque héritier n’a pas déjà servi ailleurs, et qu’aucun conjoint ne figure parmi les bénéficiaires.
Deux enfants, 100 000 € versés après 70 ans
La base taxable est de 100 000 € moins 30 500 €, soit 69 500 €. Chaque enfant en reçoit la moitié, soit 34 750 €.
Ce montant reste sous l’abattement de 100 000 € de chaque enfant : aucun droit n’est dû.
Un neveu seul bénéficiaire, 100 000 € versés après 70 ans
La base est encore de 69 500 €. Après l’abattement de 7 967 € du neveu, il reste 61 533 € taxables.
À 55 % (taux pour un neveu ou une nièce, MoneyVox, août 2025), la facture atteint environ 33 843 €.
Les mêmes 100 000 € versés avant 70 ans seraient restés sous les 152 500 € d’exonération, donc sans taxe.
Un enfant unique, 300 000 € versés après 70 ans
La base est de 269 500 €. Après l’abattement de 100 000 € de l’enfant, il reste 169 500 € taxables.
Le barème en ligne directe donne environ 32 094 € de droits (5 % jusqu’à 8 072 €, 10 % jusqu’à 12 109 €, 15 % jusqu’à 15 932 €, puis 20 %, selon le barème de service-public.gouv.fr vérifié le 19 août 2026).
Versés avant 70 ans, ces 300 000 € auraient été taxés à 20 % sur la part au-delà de 152 500 €, soit 29 500 €, si le contrat n’avait rien gagné.
Si le contrat valait 400 000 € au décès, la note monterait à 49 500 € avant 70 ans, mais resterait à 32 094 € après 70 ans : les gains ne comptent pas.
L’abattement de 100 000 € ne se renouvelle pas pour l’assurance vie : si la succession (logement, comptes) l’a déjà consommé, les primes versées après 70 ans seront taxées plus tôt.
Estimez les droits dus sur vos primes versées après 70 ans
Ce simulateur applique l’abattement de 30 500 €, l’abattement lié au lien de parenté et le barème de droits de succession, en partageant la somme à parts égales entre les bénéficiaires.
Pièges et démarches à anticiper

Les contrats souscrits avant le 20 novembre 1991 suivent d’autres règles, sauf s’ils ont été modifiés de façon substantielle par avenant depuis cette date (impots.gouv.fr, consulté en novembre 2026).
Pour un plan d’épargne retraite, la règle est plus sévère : si le titulaire décède après 70 ans, la totalité des sommes entre dans le régime de l’article 757 B (Légifrance, version en vigueur depuis le 11 mars 2023).
Un très gros versement tardif, sans rapport avec votre patrimoine, peut être contesté comme prime manifestement exagérée : vérifiez la proportion avec vos revenus et votre épargne avant de verser.
Une fois le décès survenu, les bénéficiaires doivent déposer la déclaration partielle de succession n° 2705-A, un exemplaire par compagnie d’assurance.
Elle se dépose auprès du service de l’enregistrement dont dépend le domicile du défunt, en principe dans les six mois du décès en France métropolitaine, sous peine de pénalités (impots.gouv.fr, consulté en novembre 2026).
Le choix du bénéficiaire pèse autant que la date des primes : une clause bénéficiaire mal rédigée peut changer qui touche le capital et à quelle fiscalité.
Faut-il continuer à verser après 70 ans ?

La réponse dépend de qui hérite et de ce que vous avez déjà versé avant 70 ans.
- Les gains produits par les primes ne sont pas taxés au décès
- Peu ou pas de droits pour un enfant dont l’abattement est intact
- L’épargne reste disponible de votre vivant
- Plus d’exonération de 152 500 € par bénéficiaire
- Taux très élevés pour un neveu ou un tiers
- Abattement de 30 500 € partagé entre tous les héritiers
Pour un bénéficiaire sans lien de parenté proche, l’exonération des primes versées avant 70 ans est souvent plus favorable (MoneyVox, août 2025).
Pour des enfants, et surtout pour un conjoint ou un partenaire de Pacs, les versements après 70 ans restent pertinents, d’autant plus que le contrat capitalisera longtemps.
Aucun plafond légal ne limite vos versements, mais plusieurs seuils fiscaux pèsent sur la décision.
Les frais du contrat (sur les versements, la gestion et les arbitrages) pèsent aussi sur le rendement : comparez-les avant d’alimenter un contrat existant ou d’en ouvrir un nouveau.
Concrètement : comparez le coût fiscal pour chaque bénéficiaire (lien de parenté et abattement restant) avant tout nouveau versement.
En résumé
Après 70 ans, une assurance vie continue de servir à transmettre, mais seules les primes sont retenues, après un abattement global de 30 500 € partagé entre les héritiers.
Les gains restent hors de la base taxable, ce qui rend le régime intéressant pour un enfant ou un conjoint, beaucoup moins pour un neveu ou un tiers.
Questions pratiques
- Mon conjoint ou mon partenaire de Pacs devra-t-il payer des droits sur ces primes ?
Non : le conjoint ou partenaire de Pacs est exonéré de droits de succession (service-public.gouv.fr, page vérifiée le 19 août 2026). - Un versement fait la veille de mes 70 ans relève-t-il du régime le plus favorable ?
Le régime dépend de la date de chaque versement : une prime versée avant le 70e anniversaire relève de l’article 990 I, avec l’exonération de 152 500 € par bénéficiaire. - Les gains que je retire de mon vivant sont-ils taxés de la même façon ?
Non, un rachat de votre vivant suit une autre fiscalité (impôt sur le revenu et prélèvements sociaux). Après huit ans, un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule ou 9 200 € pour un couple s’applique sur les gains (MoneyVox, août 2025).





