La clause bénéficiaire d’une assurance vie désigne les personnes qui recevront le capital à votre décès : tant qu’un bénéficiaire n’a pas accepté sa désignation, vous pouvez la modifier librement, mais ce sont ses mots exacts, et non vos intentions, que l’assureur appliquera.
Une clause qui dit « mes enfants » ne règle pas la même situation qu’une clause qui dit « mes enfants, vivants ou représentés ». Quelques mots suffisent à déplacer un capital de plusieurs dizaines de milliers d’euros d’une branche de la famille à l’autre.
Cet article explique ce que décide la clause, comment la rédiger, quelle formulation choisir selon votre famille et comment la corriger sans fausse manœuvre, avec deux exemples chiffrés.
Ce que décide la clause bénéficiaire, et ce qu’elle laisse au fisc

Dans un contrat d’assurance vie, la clause bénéficiaire désigne la ou les personnes qui recevront le capital ou la rente après le décès de l’assuré, d’après la page de Service-Public sur la modification de la clause (vérifiée le 25 septembre 2026).
Elle figure sur le bulletin d’adhésion ou sur un avenant. Le plus souvent, le souscripteur est aussi l’assuré : c’est alors son décès qui déclenche le versement.
La clause règle donc qui reçoit, pas combien il reste après impôt. Pour les primes versées avant les 70 ans de l’assuré, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 €.
Au-delà, le prélèvement atteint 20 % sur la fraction taxable jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà, selon l’administration fiscale (page consultée en novembre 2026).
Après 70 ans, les primes versées entrent dans la base des droits de succession, après un abattement global de 30 500 € pour l’ensemble des contrats du défunt (même source). Le conjoint marié et le partenaire de Pacs, eux, sont exonérés dans les deux cas.
Clause standard ou clause personnalisée : laquelle vous correspond ?

La clause standard figure dans la plupart des contrats et répond aux objectifs de transmission les plus courants, d’après La finance pour tous (page consultée en novembre 2026).
Elle prévoit en général le capital pour le conjoint ou le partenaire de Pacs, à défaut pour les enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales, puis pour les autres héritiers.
Elle suffit à un couple marié avec enfants communs qui veut protéger le survivant, puis les enfants à parts égales. Dès qu’un souhait sort de ce cadre (privilégier un enfant, nommer l’enfant de votre conjoint, un ami ou une association), il faut la personnaliser.
| Type de clause | Ce qu’elle prévoit | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Standard | Conjoint ou partenaire de Pacs, puis enfants vivants ou représentés, puis héritiers | Qu’elle corresponde à votre famille actuelle |
| Personnalisée | Bénéficiaires choisis par vous : un enfant, un tiers, une association | Identité complète de chaque bénéficiaire |
| Avec répartition | Pourcentages par bénéficiaire, par exemple 50 %, 25 % et 25 % | Un total de 100 % |
| Démembrée | Usufruit pour l’un, nue-propriété pour l’autre | Une rédaction précise des droits de chacun |
ℹ Bon à savoir : quand un bénéficiaire est désigné par sa qualité, celle-ci s’apprécie à la date du décès. « À mon épouse » visera donc la personne qui aura cette qualité ce jour-là, d’après La finance pour tous.
Les mots qui font basculer le capital : représentation, rang et identité

En assurance vie, la représentation ne se présume pas : si vous voulez que les enfants d’un bénéficiaire décédé recueillent sa part, la clause doit l’écrire.
La Cour de cassation l’a rappelé le 10 septembre 2015, en censurant une cour d’appel qui avait attribué le capital à la fille d’un bénéficiaire prédécédé, même si ce dernier avait accepté sa désignation, sans relever de clause de représentation (texte de l’arrêt n° 14-20.017 publié par Dalloz actualité).
La mention « vivants ou représentés » permet aux enfants d’un bénéficiaire décédé de ne pas être exclus du partage, précise La finance pour tous.
Exemple type : une clause désigne « mes deux enfants », sans autre mention. L’un d’eux meurt avant le souscripteur en laissant deux enfants. Selon le cabinet CMS (consulté en novembre 2026), l’enfant survivant peut alors recevoir la totalité du capital.
Avec « mes enfants, vivants ou représentés », les petits-enfants auraient recueilli la part de leur parent.
Le deuxième mot à surveiller est le rang. Désigner un seul bénéficiaire expose, s’il meurt avant vous, à voir les capitaux réintégrés à la succession et imposés au barème des droits de mutation (La finance pour tous).
La parade consiste à enchaîner les rangs : « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers ». Sans cette mention finale, des complications fiscales et successorales peuvent apparaître, d’après l’Institut national de la consommation (page vérifiée le 15 janvier 2024).
⚠ Limite : « à défaut mes héritiers » évite un vide, mais ne choisit pas à votre place, puisque les héritiers sont désignés par la loi et non par vous.
Troisième mot, l’identité. Évitez les formulations peu explicites comme « mon ami Jean » : précisez les noms, la date et le lieu de naissance de chaque bénéficiaire (La finance pour tous).
Il ne faut pas non plus figer la liste. Avec « mes enfants Julie et Sophie », l’arrivée d’un troisième enfant peut poser problème, alors que « mes enfants, vivants ou représentés » aurait suffi (même source).
Quelle formulation choisir selon votre situation familiale ?

Les règles sont les mêmes pour tous, mais la bonne formulation dépend de qui compose votre famille. Cette grille donne un point de départ, à confronter au texte de votre contrat.
| Situation | Formulation à envisager | Point d’attention |
|---|---|---|
| Couple marié, enfants communs | Conjoint, à défaut enfants vivants ou représentés, à défaut héritiers | Le conjoint est exonéré du prélèvement de 20 % |
| Partenaire de Pacs | Désignation du partenaire en le nommant précisément | Exonéré du prélèvement de 20 %, comme un conjoint |
| Concubin | Désignation nominative complète | Pas d’exonération : abattement de 152 500 €, puis 20 % |
| Famille recomposée | Enfants et beaux-enfants nommés un par un, avec des pourcentages | « Mes enfants » ne désigne pas les enfants de votre conjoint |
| Sans enfant | Conjoint, puis les personnes que vous choisissez, puis héritiers | Un dernier rang évite un capital sans destinataire |
Seuls le conjoint marié et le partenaire de Pacs sont exonérés d’office du prélèvement de 20 % (administration fiscale, novembre 2026). Un concubin paie donc, au-delà de 152 500 €, comme n’importe quel autre bénéficiaire.
Exemple type chiffré : un capital de 300 000 €, issu de primes versées avant 70 ans, revient à un seul enfant. Le prélèvement atteint (300 000 − 152 500) × 20 % = 29 500 €.
Si la clause répartit le même capital à parts égales entre deux enfants, chacun reçoit 150 000 €, sous l’abattement : le prélèvement tombe à 0 €. La répartition écrite dans la clause pèse donc autant que le montant.
Autre exemple type, côté divorce : une clause rédigée au moment du mariage désigne l’épouse par son nom, puis le couple se sépare sans que la clause soit modifiée.
Selon la Matmut (page publiée en janvier 2024), l’ex-conjoint reste alors bénéficiaire et recevra les capitaux au décès, même si le souscripteur s’est remarié entre-temps.
✓ À faire : relisez votre clause dès l’ouverture d’une procédure de divorce, d’une rupture de Pacs ou à l’arrivée d’un enfant, sans attendre le prochain relevé annuel.
Modifier sa clause : acceptation, avenant ou testament

Jusqu’à votre décès, vous pouvez changer la clause bénéficiaire, sauf si la personne désignée a accepté sa désignation dans les conditions prévues par la loi (Service-Public, vérifié le 25 septembre 2026).
Tant que personne n’a accepté, vous modifiez la clause à tout moment et autant de fois que vous le souhaitez, et l’assureur ne peut pas s’y opposer. Si le souscripteur et l’assuré sont deux personnes différentes, l’accord de l’assuré est aussi nécessaire.
Une fois la désignation acceptée, la clause devient irrévocable : sans l’accord du bénéficiaire acceptant, vous ne pouvez plus changer son nom, ni effectuer de rachats ou d’avances.
Deux voies existent pour modifier une clause non acceptée. La première est l’avenant : un courrier daté et signé, adressé à la banque ou à l’assureur, avec les références du contrat, l’identité complète et l’adresse des nouveaux bénéficiaires et la répartition du capital.
La seconde est le testament. Il doit rappeler les références du contrat, révoquer la clause antérieure et désigner les nouveaux bénéficiaires avec nom d’usage et de naissance, prénoms, adresse, date et lieu de naissance, ainsi que la répartition.
⚠ Bémol : le testament reste secret jusqu’au décès, donc informez aussi l’assureur de son existence. Sinon il peut verser le capital au bénéficiaire initial, et s’il l’a fait de bonne foi, aucun recours n’est possible contre lui (Service-Public).
Conservez l’accusé de réception de l’assureur ou une copie de l’avenant. Pour une clause particulière rédigée dans un testament, un notaire vérifie sa validité et peut conserver le document.
Les sept points à relire une fois par an
L’assureur doit vous adresser une information annuelle sur la situation financière du contrat, mais il ne vérifie pas que la clause correspond encore à vos souhaits (Service-Public). Cette liste le fait à sa place.
- Votre situation a-t-elle changé : mariage, divorce, rupture de Pacs, naissance, décès ?
- Chaque bénéficiaire est-il identifié par ses noms, prénoms, date et lieu de naissance ?
- Un bénéficiaire de second rang est-il prévu si le premier disparaît ?
- La mention « vivants ou représentés » figure-t-elle là où vous la voulez ?
- Les pourcentages totalisent-ils bien 100 % ?
- Un bénéficiaire a-t-il accepté la clause, ce qui la rendrait irrévocable ?
- Votre assureur connaît-il l’existence d’un éventuel testament et les coordonnées du notaire ?
En résumé
La clause bénéficiaire décide qui reçoit le capital, la fiscalité décide de ce qu’il en reste. Quatre réflexes la sécurisent : plusieurs rangs, « vivants ou représentés », des bénéficiaires identifiés avec précision et une relecture à chaque événement familial.
Tant que personne n’a accepté, la modification se fait librement par avenant ou par testament. Une fois la désignation acceptée, elle devient irrévocable sans l’accord du bénéficiaire.
Questions pratiques
Faut-il passer par un notaire pour rédiger sa clause ?
Non, ce n’est pas obligatoire : la clause peut être rédigée sur le bulletin d’adhésion ou déposée chez un notaire. Un notaire devient utile pour une clause particulière dans un testament, car il en contrôle la validité et peut le conserver.
Peut-on désigner une association comme bénéficiaire ?
Oui, la personnalisation permet de désigner un tiers ou une association. Si les bénéficiaires ne sont pas des héritiers réservataires, ces derniers (par exemple les enfants) peuvent demander au juge de réintégrer dans la succession la valeur du contrat, au motif que les primes versées étaient manifestement exagérées (La finance pour tous).
Qu’en est-il si le souscripteur est sous curatelle ou sous tutelle ?
La modification doit se faire avec l’assistance du curateur en cas de curatelle, ou être autorisée par le juge en cas de tutelle. Sous habilitation familiale ou mandat de protection future, il faut respecter les mesures prévues pour les actes de disposition (Service-Public).
Comment un bénéficiaire accepte-t-il sa désignation ?
Il ne peut accepter qu’avec votre accord. La loi prévoit deux procédures : un avenant signé par vous, le bénéficiaire et l’assureur, ou un écrit signé entre vous et lui, notifié ensuite à l’assureur (Service-Public).





