Le 2 juillet 2026, la plateforme d’immobilier tokenisé RealT a annoncé lors d’un appel communautaire sa mise en liquidation volontaire, plongeant près de 14 000 investisseurs français dans l’incertitude sur la récupération de leurs fonds.
L’essentiel
Qu’est-ce que RealT et pourquoi la plateforme s’effondre ?
RealT proposait depuis plusieurs années d’acheter des fractions de biens immobiliers américains sous forme de jetons émis sur la blockchain Ethereum. Chaque token donnait droit à une quote-part des loyers, versée en principe chaque semaine, avec des rendements annoncés historiquement au-delà de 10 % par an.
Le modèle s’est fragilisé progressivement. Depuis juillet 2025, la ville de Detroit poursuit RealT pour des violations du code immobilier et des arriérés d’impôts sur près de 408 propriétés. En avril 2026, un accord judiciaire a conduit à la nomination d’un fiduciaire indépendant, Charles Bullock, chargé de gérer l’ensemble du portefeuille d’environ 700 biens.
Le compte séquestre mis en place pour gérer les biens ne dispose que d’environ 640 000 dollars, alors que les frais de fonctionnement du fiduciaire ont déjà atteint 178 000 dollars en deux mois. Cette trésorerie limitée réduit d’autant les sommes qui pourront revenir aux détenteurs de tokens.
Les versements hebdomadaires d’intérêts sont arrêtés depuis plusieurs mois pour la majorité des biens. RealT n’avait fourni aucune communication formelle à ses détenteurs de tokens sur la situation avant l’annonce du 2 juillet.
Quelles conséquences pour les investisseurs français ?
Selon le cabinet d’avocats Delomel, qui coordonne une action collective en France, RealT compte environ 22 000 clients dans le monde, dont près de 14 000 Français. Une plainte pénale a par ailleurs été déposée auprès du pôle financier du tribunal judiciaire de Paris.
Le cabinet a ouvert une procédure d’inscription pour les épargnants souhaitant rejoindre l’action collective, moyennant des frais de 360 euros par plaignant. Pour les investisseurs concernés, la récupération des fonds s’annonce longue et incertaine : les impôts impayés, les frais administratifs et les coûts juridiques pèsent déjà sur les différentes structures du groupe, ce qui limite d’autant les montants susceptibles d’être restitués aux porteurs de tokens.
Concrètement, un épargnant ayant investi plusieurs milliers d’euros dans des fractions de biens RealT doit désormais s’attendre à un délai de plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de savoir quelle part de son capital pourra être récupérée, sans certitude sur le montant final.
Quelle prudence adopter face aux actifs tokenisés ?
Ce dossier rappelle une limite structurelle des plateformes de tokenisation d’actifs comme RealT. L’absence d’agrément de l’Autorité des Marchés Financiers signifie qu’aucun mécanisme de garantie ou de protection des épargnants ne s’applique en cas de défaillance de l’émetteur, contrairement à un produit d’épargne réglementé classique.
Avant d’investir dans un actif tokenisé, vérifiez systématiquement si l’émetteur ou l’intermédiaire dispose d’un agrément PSCA (Prestataire de Services sur Crypto-Actifs) délivré par l’AMF, et gardez à l’esprit qu’un rendement annoncé élevé s’accompagne toujours d’un risque de perte en capital proportionné.
Comme pour tout actif crypto ou assimilé, la valeur de ces jetons reste volatile et dépend directement de la solidité financière et juridique de la structure qui les émet. Cet article n’a pas vocation à recommander ou déconseiller un placement précis, mais à rappeler les points de vigilance à connaître avant de s’engager.
En résumé
La liquidation de RealT, annoncée le 2 juillet 2026, illustre les risques propres aux plateformes d’actifs tokenisés non régulées par l’AMF. Près de 14 000 investisseurs français devront s’armer de patience avant de connaître le sort de leurs fonds, dans un contexte où les frais juridiques et administratifs réduisent déjà les sommes disponibles.
Ce dossier renforce l’importance de vérifier l’agrément réglementaire d’une plateforme avant d’y placer de l’épargne, quel que soit le rendement promis.





