Cette semaine, un article de Capital relance le débat sur le statut des livreurs de plateformes en France, alors que la directive européenne censée le faire évoluer doit être transposée avant le 2 décembre 2026. Une étude menée par Médecins du Monde révèle que ces livreurs travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour environ 1 480 euros bruts par mois.
L’essentiel
Une directive européenne qui renverse la charge de la preuve
La directive (UE) 2024/2831 a été adoptée le 23 octobre 2024 par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Elle vise à corriger ce que Bruxelles appelle le faux travail indépendant, une situation qui concernerait au moins 5,5 millions de travailleurs de plateformes en Europe.
Sont visés les livreurs de repas d’Uber Eats ou Deliveroo, les coursiers de Stuart, les chauffeurs VTC et les aides à domicile qui passent par une plateforme de mise en relation.
Son article 5 instaure une présomption légale de salariat dès lors que des faits révèlent une direction et un contrôle exercés par la plateforme, par exemple un contrôle algorithmique des horaires, l’impossibilité de refuser une course sans pénalité ou une tarification fixée unilatéralement. Le texte définitif ne fixe pas de liste harmonisée de critères au niveau européen, c’est à chaque Etat membre de les préciser lors de la transposition, en s’appuyant sur son droit national et la jurisprudence de la Cour de justice de l’UE.
Concrètement, c’est alors à la plateforme de prouver que le travailleur reste réellement indépendant, et non l’inverse.
Pourquoi la France tarde à transposer la directive ?
Chaque Etat membre a jusqu’au 2 décembre 2026 pour inscrire ces règles dans son droit national. Aucun ne l’a fait à ce jour.
Le gouvernement français a confié une mission de concertation à trois personnalités : le conseiller d’Etat Jérôme Marchand-Arvier, la directrice générale adjointe de La Poste Nathalie Collin et l’économiste Antonin Bergeaud.
Leur feuille de route est de proposer des orientations de transposition d’ici la fin du troisième trimestre 2026, un calendrier qui laisse peu de marge avant l’échéance européenne.
L’enjeu financier est réel pour les plateformes : une requalification massive en salariat alourdirait leurs charges sociales et pourrait remettre en cause leur modèle économique.
63 heures pour 1 480 euros : ce que montre l’étude Santé-Course
Publiée le 31 mars 2026 par Médecins du Monde, la Maison des coursiers, l’IRD et l’Ined, l’étude Santé-Course a interrogé plus de 1 000 livreurs à vélo à Paris et à Bordeaux.
Résultat : ces livreurs travaillent en moyenne 63 heures par semaine, temps d’attente entre deux courses compris.
Or les plateformes ne rémunèrent en général que le temps de course effectif, pas l’attente. D’où un revenu moyen qui tombe autour de 1 480 euros bruts par mois pour ce volume horaire.
Depuis un accord signé cet été entre les plateformes et les organisations de livreurs, sous l’égide de l’Arpe, le revenu minimum garanti doit passer à 19 euros bruts de l’heure chez Uber Eats et Deliveroo à partir de septembre 2026. Ce montant ne couvrira toutefois que le temps de course facturé, pas les minutes passées à attendre une nouvelle commande.
Quel impact sur votre crédit si vous êtes livreur indépendant ?
Pour un livreur en auto-entrepreneur, l’accès au crédit reste souvent compliqué. Les banques demandent généralement deux à trois années de bilans stables avant d’accorder un crédit conso malgré des revenus irréguliers ou un prêt auto, des bilans difficiles à produire quand les revenus varient d’un mois à l’autre.
Si la transposition de la directive aboutit à une requalification en salarié, la donne change : un contrat de travail et des fiches de paie régulières pèsent bien plus lourd dans un dossier de crédit qu’un statut d’indépendant, quel que soit le revenu réel perçu.
Un livreur requalifié en salarié pourrait ainsi emprunter plus facilement pour financer un véhicule ou un projet personnel, à revenu équivalent voire inférieur à son revenu actuel d’auto-entrepreneur.
Rien n’est acté avant le vote de la loi de transposition. D’ici là, un livreur indépendant qui prépare un dossier de crédit a intérêt à conserver systématiquement ses relevés de commandes et attestations de revenus, seuls justificatifs recevables faute de fiche de paie.
La présomption de salariat n’est pas automatique : une plateforme peut la renverser devant un juge en prouvant l’absence de lien de subordination. Les critères précis retenus par la future loi française ne sont pas encore fixés.
Pour suivre l’avancée de ce dossier au niveau européen, Toute l’Europe détaille le contenu de la directive et son calendrier de transposition.
En résumé
La directive européenne sur les travailleurs de plateformes doit être transposée en France avant le 2 décembre 2026, avec à la clé une présomption de salariat pour de nombreux livreurs et coursiers.
En attendant, l’étude Santé-Course rappelle une réalité concrète : 63 heures de travail hebdomadaire pour environ 1 480 euros bruts par mois, malgré un revenu minimum qui doit être porté à 19 euros de l’heure à partir de septembre 2026.
Pour les livreurs indépendants qui envisagent un crédit, mieux vaut suivre ce dossier de près : un changement de statut pourrait faire toute la différence face à une banque.





