Le 30 juin 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a présenté devant l’Adan un plan d’action renforcé contre les agressions visant les détenteurs de cryptomonnaies en France, un phénomène qui a bondi de 45 cas en 2025 à 77 depuis janvier 2026.
L’essentiel
Pourquoi les détenteurs de cryptomonnaies sont-ils devenus des cibles en France ?

Les spécialistes désignent ce phénomène sous le nom de crypto-rapt, ou « wrench attack » en anglais. L’expression vient d’une bande dessinée montrant qu’il est souvent plus simple d’extorquer un mot de passe à coups de clé à molette que de percer un chiffrement informatique.
Le principe est simple : les actifs numériques sont contrôlés par une clé privée, un code d’accès au portefeuille. Aucune protection informatique ne bloque une agression physique menée à domicile, sur un parking ou à la sortie d’un restaurant.
La France concentre désormais une grande partie de ces cas en Europe. Selon les chiffres présentés par le ministère de l’Intérieur, 77 séquestrations, enlèvements ou tentatives d’extorsion liés aux cryptomonnaies ont été recensés depuis janvier 2026, contre 45 sur toute l’année 2025.
Les commanditaires recrutent parfois de jeunes exécutants, y compris des mineurs, et restent fréquemment basés à l’étranger, ce qui complique les enquêtes.
Afficher publiquement ses avoirs en cryptomonnaies sur les réseaux sociaux ou dans des forums spécialisés augmente le risque d’être identifié comme une cible. La discrétion reste la première protection, avant tout dispositif technique.
Le plan d’action de Laurent Nuñez, concrètement
Le 30 juin 2026, le ministre de l’Intérieur a présenté devant l’Adan, l’association qui regroupe les acteurs français du secteur, un dispositif renforcé contre cette délinquance.
Ce plan repose sur trois axes. D’abord, un renforcement des échanges de renseignement avec les partenaires étrangers pour remonter jusqu’aux commanditaires. Ensuite, un partenariat élargi avec l’Adan, avec la création d’un réseau d’experts associant acteurs privés et agents de l’État. Enfin, une coordination opérationnelle accrue entre police, gendarmerie et renseignement.
Le ministre a revendiqué 200 interpellations depuis avril 2026, menées soit après les faits, soit par anticipation.

Un dispositif d’alerte d’urgence existe déjà pour les profils les plus exposés : dirigeants du secteur, personnalités connues ou gros détenteurs. Il compte actuellement 724 bénéficiaires inscrits. Dans un cas cité par le ministère, un signalement a permis une interpellation en 8 heures.
Privilégier un portefeuille matériel plutôt qu’une application mobile, répartir ses accès entre plusieurs supports et éviter de conserver l’intégralité de ses fonds sur un seul appareil accessible physiquement.
Quelles conséquences pour les détenteurs de cryptomonnaies au quotidien ?
Pour un simple particulier détenant des cryptomonnaies, ce plan ne change rien dans l’immédiat sur le plan réglementaire ou fiscal. Son intérêt est ailleurs : il officialise une prise en compte du risque physique, longtemps traité comme secondaire face aux risques de marché ou aux arnaques en ligne.
Les personnes qui gèrent des montants importants, ou qui sont identifiables publiquement (créateurs de contenu, dirigeants, investisseurs connus), disposent désormais d’un interlocuteur clair pour signaler une menace avant qu’elle ne se concrétise.
D’après Cryptoast, ce dispositif d’alerte a déjà permis d’éviter plusieurs passages à l’acte depuis sa mise en place.
Pour la majorité des détenteurs, la vigilance reste la mesure la plus simple à appliquer, sans qu’il soit nécessaire d’attendre une évolution du cadre légal.
En résumé
Face à une hausse marquée des agressions liées aux cryptomonnaies, le gouvernement mise sur le renseignement, un partenariat avec les acteurs du secteur et une coordination policière renforcée plutôt que sur une nouvelle loi.
Pour les détenteurs, la meilleure protection reste la discrétion sur son patrimoine et la répartition de ses accès entre plusieurs supports, en attendant que ces mesures fassent leurs preuves sur le terrain.





