Ce jeudi 9 juillet 2026, l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) a publié son rapport annuel sur la répartition des prix alimentaires en France, entre agriculteurs, industriels et distributeurs, un travail conduit sous la tutelle conjointe des ministères de l’Agriculture et de l’Économie.
L’essentiel
Un rapport annuel pour suivre la formation des prix alimentaires
L’OFPM publie chaque année un état des lieux détaillé de la chaîne de valeur alimentaire française. Le rapport 2026 s’appuie sur les prix et marges brutes de 2025, les marges nettes n’étant disponibles qu’avec un an de décalage, donc sur les données 2024.
Trente-six produits ont été passés au crible, répartis sur dix filières, de la viande aux fruits et légumes en passant par les produits laitiers et les céréales. Ensemble, ils couvrent environ la moitié de la consommation alimentaire des Français en valeur.
Ce travail intervient alors que l’inflation alimentaire s’est nettement calmée après le pic de 2022-2023. Ce contexte permet de mesurer comment chaque maillon de la chaîne, de la ferme au rayon, ajuste ses marges une fois la pression sur les coûts retombée.
Où part réellement votre euro alimentaire ?
Le rapport détaille la répartition précise de la dépense alimentaire entre les grands acteurs de la filière.
| Acteur de la filière | Part sur 100 € dépensés |
|---|---|
| Agriculture | 6,40 € |
| Industries alimentaires | 9,40 € |
| Commerce (distribution) | 18,80 € |
Le reste de la dépense se répartit entre transformation intermédiaire, transport, taxes et autres coûts que le rapport ne détaille pas poste par poste. Mais le constat de fond reste net : la part qui revient directement au producteur agricole demeure la plus faible des trois maillons identifiés.
« On a une diminution en moyenne du revenu courant avant impôt », résume Sophie Devienne, présidente de l’OFPM, à propos de la situation des exploitations agricoles en 2024.
Les agriculteurs, revenus en berne malgré une inflation apaisée
Le revenu agricole moyen est retombé sous les 30 000 euros par actif non salarié en 2024. Une baisse qui touche inégalement les filières.
Les producteurs de céréales affichent des résultats que l’OFPM qualifie de catastrophiques, avec un revenu proche de zéro, conséquence combinée de la chute des prix agricoles et de récoltes décevantes.
Les filières fruits et légumes présentent des résultats plus contrastés selon les productions, mais restent en dessous de leur niveau d’avant l’inflation de 2022. Seule la filière porcine conserve un revenu élevé, malgré un recul de ses résultats sur l’année.
Industriels et distributeurs reconstituent leurs marges
En aval de la chaîne, la tendance est inverse. Les marges nettes de la transformation de viande progressent en 2024, après deux années de baisse consécutives.
La meunerie fait mieux encore : ses marges dépassent désormais légèrement leur niveau d’avant l’inflation de 2022.
Côté grande distribution, les rayons alimentaires affichent une marge brute moyenne de 29,4 %, en hausse de 0,3 point sur un an, et une marge nette de 1,1 % du chiffre d’affaires, en progression de 0,5 point. C’est la première fois depuis 2022 que les marges s’améliorent dans la plupart des rayons simultanément.
L’industrie laitière fait figure d’exception : ses marges se stabilisent, mais restent nettement inférieures à leur niveau d’avant 2022.
Les rayons d’un supermarché ne sont pas tous rentables de la même façon. Le rapport de l’OFPM montre que les rayons les plus profitables, comme la charcuterie ou la volaille, compensent des rayons structurellement déficitaires, comme la boucherie, la poissonnerie ou la boulangerie, où le coût de la main-d’œuvre pèse lourd. Ce mécanisme de péréquation entre rayons explique en partie pourquoi les enseignes maintiennent des rayons peu rentables.
Ce que cela change pour votre budget et votre capacité d’emprunt
Même quand l’inflation générale ralentit, le budget alimentaire reste une dépense contrainte, difficile à réduire d’un mois sur l’autre pour un ménage.
Or c’est justement ce type de charge fixe qui pèse dans le calcul du reste à vivre, cet indicateur que les banques examinent avant d’accorder un crédit immobilier ou un prêt à la consommation.
Un budget alimentaire qui progresse plus vite que les revenus resserre mécaniquement la marge de manœuvre financière d’un foyer, donc sa capacité à absorber une mensualité supplémentaire.
Avant d’accorder un crédit, une banque calcule un taux d’effort (les mensualités rapportées aux revenus) mais regarde aussi le reste à vivre, c’est-à-dire ce qu’il reste chaque mois une fois les charges fixes payées, alimentation comprise. Un dossier avec un reste à vivre confortable passe généralement mieux, même à taux d’effort équivalent.
Le rapport complet de l’Observatoire de la formation des prix et des marges est consultable sur le site de FranceAgriMer, avec le détail filière par filière.
En résumé
Le rapport 2026 de l’OFPM montre une chaîne alimentaire à deux vitesses : des revenus agricoles qui reculent, des marges d’industriels et de distributeurs qui se reconstituent progressivement.
Pour les ménages, la baisse de l’inflation générale ne signifie pas un allègement immédiat du budget alimentaire, qui continue de peser sur le reste à vivre pris en compte dans tout dossier de crédit.





